14/01/2004

Coup de gueule

Aéroport

 

Sourire de circonstance sur masque de l’impassibilité,

Hé oui, je hais les aéroports.

 

Fourmilière grouillante et monstrueuse du grand dévoreur de temps.

Heures de départ, heures d’arrivée, annulations, retards sont les donneurs d’ordre pour autre part

Les couloirs y sont chemins; artères du grand machin, ils irriguent le flot vivant de ceux qui restent, qui partent ou qui reviennent. C’est grand, c’est long et sans fin. Les salles d’attende s’alignent meublés d’inconfortables sièges au design futuriste du passé.

 

L’humanité s’y déplace, l’esprit codifié selon les normes qui régissent le grand aéroport international.

Passeport, carte d’embarquement, badges divers donnent les droits.

Droit de passage… peut être! Droit d’humanité… j’en doute.

 

Regardez-les les grands voyageurs!

 

Les hommes et femmes d’affaires bien typés sont reconnaissables par la joie de vivre et l’auréole de sainteté qui les couronnent.

Ils savent, ils font partie du monde des gagnants, ils assument vaillamment leurs pseudos supériorités et déambulent dans leur univers sans âme en direction de la classe affaires, classe élite, salon président ou autres fanfreluches pour ego volant. Ils traînent leurs attachés-cases avec dans la tête une énorme solitude qu’engendrent les us et coutumes de l’aéroport. La soif du pouvoir arpente dans un va et vient incessant les couloirs sans fin de l’international nid.

 

Je ne crois pas a leur bonheur ayant été aussi membre actif du cirque.

 

Le touriste chartérisé est systématiquement dans la file la plus longue devant le comptoir d’enregistrement.

Il est inquiet et heureux à la fois. Il fuit peut importe les moyens, à la recherche de ses multiples rêves glanés dans des brochures de papier glacé.

L’aéroport devient alors la porte d’Ali baba et de ses quarante voleurs.

L’occasionnel est comme un enfant et l‘habitué joue déjà à l‘homme d’affaires.

Les « Costa Brava » sont regardés avec condescendance par les « longs courriers ».

 

L’aéroport représente certainement pour beaucoup un endroit de rêve.

Des larmes de joie ou de peine  ponctuent les arrivées ou les départs et peuvent humaniser la grande chose.

 

Mais un retour à la réalité des aéroports internationaux du 3iéme millénaire est très préoccupant vu la quasi disparition de la notion de service et de la fin de la gentillesse agrémentée d’un beau sourire.

Ces concepts anciens font à présent partie de l’archéologie des sentiments perdus. Tous informatisés, nos interlocuteurs aux services sont froids, fades et doivent certainement dégager une haleine fétide vu l’aspect rébarbatif les caractérisant.

Derrière leurs regards morts de cabillaud pêché la veille, nous ressentons l’absence totale de l’amour du métier et la grandeur d’âme liée au service qu’ils sont sensés prester.

Assis et rarement debout derrière le comptoir qu’ils assimilent au pouvoir, ils trônent et régissent.

 

Parfois, tel un rayon de soleil, un vrai sourire et une vraie réponse à notre attende sont au rendez-vous et rendent notre journée belle et radieuse. Merci a vous d’encore exister, merci mille fois et encore merci, merci…

 

Vivons-nous la nouvelle fin d’un monde, place à la bêtise et l’égoïsme qui trouve dans les aéroports, liens privilégiés de la mondialisation, un repaire à leurs convenances.

 

Portes vers de majestueuses envolées, vers l’aventure et les vacances, vers son job aussi.

Tu as fait rêver, attention tu deviens passage obligé et vraiment non désiré. Tu dérives et tu n’est pas navire.

 

On s’ennuie dans les aéroports, franchement on ne s’y amuse plus du tout.

 

Un aéroport est un perchoir pour oiseaux perdus devenus très terre à terre.

 

 

 

 

 

 

Flion Jacques   St Sauveur des Monts le 18/12/01  

 

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